Défendons l’agriculture paysanne
Mis en ligne par admin le 05 fév 2009 | Classé dans : Présentation
Ce texte a été diffusé lors du Forum Social Local.
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Qu’est-ce que l’agriculture paysanne
L’agriculture paysanne est une autre vision de l’agriculture définie par dix principes :
- répartir les volumes de production afin de permettre au plus grand nombre d’agriculteurs d’accéder au métier et d’en vivre.
- être solidaire des paysans des autres régions d’Europe et du monde.
- respecter la nature.
- valoriser les ressources abondantes et économiser les ressources rares.
- rechercher la transparence dans les actes d’achat, de production, de transformation, et de vente des produits agricoles.
- assurer la bonne qualité gustative et sanitaire des produits.
- viser le maximum d’autonomie dans le fonctionnement des exploitations.
- rechercher les partenariats avec d’autres acteurs du monde rural.
- maintenir la diversité des populations animales élevées et des variétés végétales cultivées.
- raisonner toujours à long terme et de manière globale.
Un choix de société
Le choix d’une politique agricole est un choix de société, cela implique une structure économique, sociale et politique. L’agriculture dite conventionnelle est en fait une agriculture industrielle productiviste et intensive .
Contre une agriculture de destruction massive
Au sortir de la grande guerre, mécanisation, chimie et spécialisation sont mises en place soit disant pour reconstruire l’agriculture dans un but d’autonomie alimentaire. Derrière les besoins vitaux se sont tramées la volonté d’industrialiser l’agriculture, pour libérer de la main d’œuvre pour les usines, et celle de trouver de nouveaux débouchés pour les industries d’armements chimiques. Ainsi, les poisons ont continué à être écoulés.
Suite logique, la PAC (politique agricole commune entre les pays européens, mise en place en 1958) a quasiment achevé de mettre l’agriculture au service de l’économie capitaliste mondialisée. Les subventions massives de l’Europe (la moitié de son budget ), réparties de façon très inégalitaires (80 % des aides vont à 20 % des paysans, essentiellement de gros producteurs), permettent aux plus gros de maintenir des prix bas, faisant ainsi disparaitre les petits paysans.
Cette agriculture de destruction massive présente un bilan néfaste, ce à trois niveaux.
Bilan humain catastrophique au niveau mondial
Les exportations des pays occidentaux ruinent les économies agricoles des pays dits sous développés par un dumping économique (aidé par des subventions) : les prix sont maintenus artificiellement bas pour que seuls les agriculteurs industriels occidentaux puissent écouler leurs productions, entrainant la chute de l’autonomie alimentaire de ces pays, la production agricole vivrière étant alors remplacée soit par d’autres activités industrielles soit par une production agricole spécialisée (banane, café, cacao…) destinée à l’exportation. Ainsi plus de 850 millions de personnes souffrent de la faim dont 650 millions de paysans.
De plus, la récolte des fruits et légumes par l’agriculture intensive des pays occidentaux s’accompagne d’un recours massif à une main d’œuvre issue de l’immigration clandestine. Ces exploitants agricoles sont à la recherche d’une rentabilité maximale par la diminution des coûts de récolte. Les fruits et légumes sont fragiles et demandent une manipulation délicate, difficilement mécanisable. Enfin, comme les périodes et les volumes des récoltes sont aléatoires, l’agriculture intensive a besoin d’une grande quantité de mains pendant de brèves périodes, mobilisables rapidement. Malléable, disponible et sous-payée, la main d’œuvre immigrée clandestine est idéale. Son utilisation est donc massive. En France, plus de la moitié des travailleurs agricoles saisonniers seraient en situation irrégulière. Absence de protection sociale, salaires dérisoires, non-application du droit de travail voire des droits humains les plus élémentaires, ségrégation… Cette face cachée de l’agriculture intensive est présente dans la plupart des pays européens. A côté de cela, les politiciens organisent la chasse aux clandestins qui ne lui sont pas utiles pour son économie.
Des pratiques agronomiques et écologiques insoutenables
La pollution (engrais, pesticides, transport), la dépendance au pétrole, l’épuisement des sols, la chute de la biodiversité, les OGM… sont autant de pratiques qui ne font que dégrader notre environnement et notre santé.
Bilan social destructeur
En France, cette agriculture industrielle détruit la paysannerie. A la sortie de la guerre, 7 millions de paysans nourrissaient le pays, alors que désormais la France ne compte plus que 700 000 agriculteurs. Peu d’entre eux participent à la commercialisation de leurs productions qui part dans la chaine des industries agro-alimentaires. En même temps que la disparition des paysans, les exploitations agricoles (cela en dit beaucoup sur la logique agricole industrielle), ne cesse d’augmenter en taille et de se mécaniser, ce qui provoque un fort endettement et le remplacement de l’Homme par la Machine.
De plus, le rapport à la nature devient consumériste : la nourriture est devenue une simple matière première pour les industries agro-alimentaires qui cherchent sans cesse à réduire les charges de production sans considération pour les impacts sociaux, écologiques ou même le simple respect des animaux.
Enfin, quelques multinationales se partagent le marché agro-alimentaire (4 multinationales détiennent 85 % du marché mondial des semences, 6 multinationales contrôlent 85 % du marché des céréales). Elles jouent un rôle de lobby au sein des institutions nationales ou internationales pour définir le choix du mode d’agriculture à la place des paysans et des habitants.
Des pistes alternatives ?
Afin de défendre et de remettre en place une agriculture paysanne, des alternatives se dessinent. Tout d’abord, d’un point de vue individuel, il est possible de choisir son alimentation :
- privilégier les circuits courts (pas ou très peu d’intermédiaires) plutôt que les grandes surfaces : marchés de producteurs, marchés à la ferme, produits locaux dans une épicerie ou une coopérative bio, AMAP ;
- acheter des produits issus de l’agriculture biologique ;
- faire son propre jardin ou s’investir dans des jardins collectifs,
- choisir ses semences chez des semenciers ou des associations comme Kokopelli qui œuvre pour la bio-diversité.
Ces démarches sont embryonnaires de la prise de conscience du refus de cette agriculture industrielle, mais seront insuffisantes à transformer la société si elle ne sont pas relayée par l’action politique
Les AMAP ne sont pas des paniers !
Les AMAP présentent la particularité de s’inscrire dans cette double démarche : individuelle et collective. En effet les AMAP sont bien plus qu’un nouveau circuit court, qu’une simple distribution de paniers. Elles se veulent une véritable alternative à l’économie de marché. En effet, la nature de l’échange en AMAP en est complètement différente. La rémunération du producteur n’est plus seulement liée au rendement et au prix de vente fixé par le marché mais est fonction de ses besoins et des moyens des adhérents ainsi que d’autres facteurs (pratique culturale respectant l’environnement, autonomie du producteur, relations humaines) au fil du partenariat et de la confiance grandissante. Cela permet une autonomie de la ferme vis à vis de l’extérieur (subventions, prix du marché) garante de sa pérennité.
Un fonctionnement convivial et collectif
Pour fonctionner, l’AMAP repose sur des engagements mutuels entre paysans et consommateurs.
Les adhérents des AMAP s’engagent à acheter à l’avance (avec ou sans préfinancement) partie ou totalité de la récolte et de récupérer les paniers aux heures de distribution. Toutes ces modalités (contenu du panier, prix du panier, modalité de paiement, lieux et horaires des distributions) sont définies collectivement. Ils s’engagent aussi à être solidaires avec le producteur en cas d’aléas de production et avec des consommateurs qui n’auraient pas les moyens d’accéder à des produits locaux de qualité. Enfin, ils participent à la vie associative (tenue des distributions, gestion de l’association, participation aux actions de l’AMAP…).
Le producteur s’engage pour sa part à approvisionner régulièrement l’AMAP en produits frais, sains et de saisons issus de sa ferme selon les termes d’un contrat signé avec chaque famille. Il s’engage aussi sur la transparence de son système : mode de production, conditions économiques et sociales. Enfin il s’engage à organiser avec l’AMAP des activités telles que des ateliers pédagogiques, des visites à la ferme… permettant une meilleure compréhension du monde agricole.
De la parcelle à la planète
Au delà de ce partenariat avec un producteur, les AMAP ont également pour objectif de réfléchir et de diffuser une autre vision de l’agriculture. En s’organisant au niveau local, dans le partenariat avec un producteur, puis au niveau départemental, régional, national et international, elles essayent d’essaimer ce système et de défendre les valeurs de l’agriculture paysanne partout dans le monde.
Une agriculture paysanne pour une société solidaire et autonome
Il est nécessaire de promouvoir une autre forme d’agriculture, un autre choix politique de société. Une agriculture qui :
- permettrait de renouer le lien social et la solidarité par la proximité,
- serait économiquement viable et permettrait au maximum de gens d’en vivre dignement,
- répondrait aux attentes de la société en matière d’environnement, de qualité alimentaire et d’accessibilité,
- proposerait la coopération plutôt que la compétition entre territoires et hommes.
L’agriculture concerne la vie et l’environnement de tous les êtres vivants de la planète. Faisons en sorte qu’elle devienne de plus en plus un axe central de construction d’une société solidaire et une référence de la possibilité de changer le monde.
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